Fintechs et blockchain : les banques réagissent

Article publié sur la Revue de l'Association des Anciens Elèves de l'Ecole Polytechnique, février 2017 
Par Amina Nasri, cofondatrice d'Afrikwity

Les fintechs sont les banques de demain pour certains, le blockchain signerait la fin des banques pour d’autres. Et si la survie du modèle bancaire classique passait par l’open innovation avec les fintechs? 

REPERES 

Les  fintechs sont des  startups qui associent finance et technologie et qui se positionnent sur toute la chaine du service financier. En matière de financement , elles ont développé le crowdfunding, le peer to peer lending ou encore l’equity crowdfunding qui pallient certains manques de financements. Yomoni et Advize en France, Scalable Cpaital, Betterment and Wealthfront développent les robots conseillers en épargnes ou gestion de patrimoine. Mangopay ou Lemonpay proposent des services de monétique.


Les banques doivent aujourd’hui innover pour rester en ligne avec les attentes de leurs clients et se parer contre les menaces de l’uberisation de l’économie. Or elles peinent à le faire en raison de la lourdeur leur fonctionnement, des contraintes d’une réglementation toujours plus forte, et de l’orientation de leur R&D vers la sécurité et le réglementaire. Elles ont mis du temps à voir dans les fintechs une menace ou une concurrence. Depuis, les rapprochements entre banques et fintechs se sont multipliés. Un nombre grandissant de banques voient aujourd’hui dans les fintechs la solution à leur manque d’agilité et d’adaptation aux nouvelles technologies et un moyen d’accompagner voire accélérer leur évolution numérique. L’open innovation avec les fintechs est une des solutions d’adaptation des banques. 

Les rapprochements entre banques et fintechs se sont multipliés

Simples coopérations 

Pour montrer qu’elles ne sont pas hermétiques à l’innovation et projeter ainsi une image d’une banque moderne et digitale, certaines banques organisent des hackatons de fintechs. Ces opérations consistent à faire travailler un groupe de développeurs, de designers et d’employés de la banques sur des problématiques spécifiques durant une période courte de 24h ou 48h. L’objectif est d’aboutir à des prototypes d’applications  ou de sites web qui fonctionnent.
D’autres banques organisent des concours de fintechs avec à la clé une période d’incubation de quelques mois au sein de la banque. La banque ramène ainsi les méthodes d’agilité à l’intérieur de leurs structures et leurs équipes en espérant faire évoluer la culture interne de l’entreprise. En contrepartie les startups bénéficient d’un accompagnement dédié, du réseau des banques et d’une visibilité accrue. On peut citer l’incubateur de BNP Paribas créé en avril 2015, WAI avec 2 espaces à Paris et à Massy. 

Prises de participation

La prise de participation ou rachat de fintechs est probablement le modèle d’open innovation le plus immédiat et direct. Citons le rachat en 2015 de « Leechi la cagnotte en ligne » par Crédit Mutuel Arkéma ou l’entrée de la Banque Postale dans le capital de la plateforme de crowdlending Wesharebonds pour financer indirectement des PME choisies par la startup.
Il est pourtant difficile de juger de l’impact de ces rachats sur l’innovation interne dans les banques. En effet les startups rachetées ou dans lesquelles investissent les banques restent confinées dans les activités de capital-risque de la banque. Les bénéfices dont mesurés en termes de  retour sur investissement et non pas par les conséquences internes sur l’activité de la banque.

Au mieux la banque élargit la palette des services innovants proposés à sa clientèle. Mais on n’a pas vu jusqu’ici des banques qui ont repensé profondément leurs business models. A l’exception du crowdfunding qui s’est positionné comme solution de financement alternative des particuliers et des entreprises, les fintechs n’ont attaqué les banques qu’à la marge.

Peu de partenariats au niveau opérationnel et commercial

Les fintechs ont besoin d’acquérir une base de clients afin d’accélérer leurs développement commercial et faire du chiffre d’affaire. C’est plus important pour elles que la simple injection de capital. Sans clientèle récurrentes et un service ou produit en phase avec une demande réelle et stable,  l’avenir de la startup reste toujours incertain.
Les banques ont une base de clientèle large mais sont à la recherche de nouveaux services. Sans oublier que les nouvelles générations sont dans un schéma de consommation et d’usage différent de la clientèle classique des banques. Elles sont à la recherche de produits financiers innovants, faciles d’accès et transparents, en adéquation avec leurs modes de vie. 

Le modèle d’innovation le plus efficace serait un partenariat commercial entre banques et fintechs. Les premières peuvent alors proposer de nouveaux produits ou expériences à leurs clients et la seconde a accès à une base de clients prospects importante.

Passer outre les intermédiaires classiques tels que banques, notaires, cadastre

L’activité bancaire bousculée par le blockchain 

Le blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Il désigne par extension une base de données numérique  décentralisée. Le bitcoin en est l’exemple d’application le plus connu. La technologie du blockchain - de par la transparence de ses transactions et la décentralisation de des bases de données - est une innovation majeure. Elle permet de réaliser des transactions instantanées et de passer outre les intermédiaires transactionnels classiques tels que  banques, notaires, cadastre. De quoi perturber en profondeur le modèle bancaire. 
Les plus grandes banques mondiales ne pouvant ignorer une telle menace préfèrent y voir une opportunité notamment pour tout ce qui touche à la contractualisation. Le blockchain réduira les temps et les coûts pour sceller un contrat. 

Les services interbancaires également concernés

L’interbancaire est également un terrain propice à l’utilisation intelligente du blockchain comme l’a indiqué Thierry Laborde Directeur Général adjoint de BNP Paribas. Plus d’une cinquantaine de banques l’on compris et ont créé un partenariat avec la société R3 dédiée à l’innovation financière en open source qui mène ce consortium de banques autour de l’innovation et le blockchain en particulier. 
Un autre exemple d’open innovation interbancaire autours du blockchain est à citer : 7 grandes banques françaises ont créé en 2016 une infrastructure  pour exploiter l’innovation du blockchain afin d’améliorer l’efficacité du financement des PME par les marchés de capitaux au niveau du post-marché (le post-marché correspond à la vie d’un titre, une fois celui-ci acheté ; il recouvre donc les activités successives de passage par une contrepartie et la gestion par un dépositaire central).

Une efficacité qui reste à vérifier

Les fintechs généralement et les startups basées sur la technologie du blockchain en particulier ont le mérite d’avoir perturbé un secteur bancaire longtemps resté archaïque dans sa relation avec le client et peu à l’écoute de l’innovation technologique et des usages. 
Les banques pour la plupart ont compris et saisi l’opportunité que présentent ces startups pour améliorer leur transformation numérique et anticiper la disruption de leur modèle économique. 
Il est par contre encore tôt de juger de l’efficacité des différents modèles d’open innovation expérimentés jusqu’ici entre banques et fintechs.